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REGISTRES DU BUREAU
[i 563]
CCCXVIII. ----ASSEMRLÉE DE CONSEIL POUR L'ARRIVEE DU CORPS DE FEU MONSr DE GuiSE.
16 mars 1563. (Fol. 175 r°.)
Du xvi6 jour de Mars, l'ail mil vclxii.
En Assemblée le jour d'huy faicte en l'Hostel de la ville de Paris de Mess" les Prevost des Marchans, Eschevins et Conseillers de lad. Ville pour adviser sur les lettres de la Royne touchant l'arrivée du corps de feu monseigneur le duc de Guise, en laquelle se sont trouvez Mess™ les Prevost des Marchans et Es­chevins :
Mons' [Adrian] Du Drac, monsr d'Athis, mons' Hennequyn, monsr de Charmeau, mons' de Livres, mons' de Chamboursy, mons1" le Lieutenant parti­cullier, monsr me Thomas Bragelongne, mons' de Jumeauville, sire Guillaume l'Archer, sire Jehan Crocquet, mons' Paluau, monsr de Courlay, sire Jehan Le Sueur;
A esté conclud, que actendu le service que led. deffunct a faict à Dieu, au Roy et à lad. Ville pour
la deffence de l'esglise de Dieu, du royaulme et ceste ville de Paris, et la peyne qu'il a eue à garder icelle Ville, pendant qu'elle estoict assieigée de noz enne­mys l'iver dernier, qu'on ne luy sçauroict faire tropt grand honneur après le Roy, et qu'il doibt avoir aux despens de la Ville cent torches de deux livres piece, aux armoyries de lad. Ville, lesquelles seront portées par cent archers, vestuz de leurs hocquetons de livrée, qu'il y aura xxii crieurs, armoyez des armes dud. seigneur par derriere et ung escuisson des armes de lad. Ville par devant.
Qu'on luy fera faire des estandars et guidons noirs à ses armes, que les cappitaines et aucuns de leurs gens y assisteront, et qu'il luy sera faict service en l'eglise de Paris, asscavoir, le jour que luy sera admené, vigille de mors, et le landemain, service solempnel et oraison funèbre et convoyé jusques hors la porte Sainct Anthoine.
CCCXIX. — Jehan Poltrot tiré à quatre chevaulx.
18 mars 1563. (Fol. 175 v°.)
Le jeudy, dix huictiesme jour dud. mois de Mars, fut tenaillé et tiré à quatre chevaulx ce traistre mal-heureulx et meschant qui tua d'un coup de harque-buze à trois balles empoisonnées led. feu seigneur de Guise, et puis fut led. meschant homme, nommé Jehan Poultrot, sr de Merey près Aubeterre, bruslé en la place de Greve, sa teste fichée au bout d'un baston en lad. place.
Après que par arest de la Court'1' Jehan Poltrot, escuyer, soy disant de la maison de Merey en An-goulmois, pour reparation de l'homicide par luy
conjuré et commis en la personne de très hault et très puissant seigneur, feu messire Françoys de Lorraine, duc de Guise, lorsqu'il tenoict le camp et sieige pour le Roy devant sa ville d'Orleans, eut esté condempné à estre premierement tenaillé de tenailles ardantes par les quatre menbres, puis tiré à quatre chevaulx et desmembré tout vif en la place de Greve, le jeudy dix huictiesme jour de Mars mil cinq cens soixante deux. Cest arest fut contre led. Poltrot executté aussi justement et rigoreuse-ment, comme proditoirement et inhumainement il avoict commis cest homicide.
(l) Le 17 mars, le Parlement avait écrit à la Reine-Mère pour remettre la pompe funèbre du duc de Guise jusqu'après le supplice de son assassin. L'arrêt de mort contre Poltrot de Méré fut prononcé le 18 mars dans Ia Chambre de la question et mis à exécution le même jour par Martin de Bragelongne, Lieutenant particulier au Châtelet, délégué par la Cour. Le meurtrier du duc de Guise devait étre tenaillé en place de Grève, puis écartelé, sa tête coupée et plantée au bout d'une lance devant l'Hôtel de Ville, les quatre membres attachés à des potences dressées en dehors des quatre principales portes de Paris, et le tronc brûlé en place de Grève. On ne possède que l'arrêt de condamnation (Archives nationales, Parlement de Paris, XJ* i3o, fol. 3gli v°; X1' i6o4, fol. 470 v°); le registre de la Tournelle, qui devait contenir les interrogatoires et confession de Poltrot de Méré, ainsi que le procès-verbal de mise à la question, est en déficit. D'après les Mémoires du prince de Condé, p. 700, Poltrot de Méré persista obstinément ante tormenta, in tormentis, tum demum in executione rai judicatœ, à déclarer que l'Amiral, d'Andelot et Soubise étaient les instigateurs de l'assas­sinat du duc de Guise et qu'il avait reçu 120 écus de l'Amiral. Suivant le récit de son supplice donné par le registre du Conseil, Poltrot de Méré, arrivé en place de Grève, "deschargea, parlant au peuple, ceulx qu'il avoit chargez, mais ayant sentu le premier traict des chevaulx, deyt que avant que mourir il vouloit dire toute la verité, et devant aucuns capitaines chargea les aucteurs qu'il avoit premierement nommés et en nomma d'autres qu'il avoit excusés»; ce qui parut certain, c'est "qu'il fut induict à faire led. meurtre pour la secte». (Archives nationales, Parlement de Paris, X1" i6o4, fol. 618 v°.)